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LCB-FT : Un impératif renforcé pour l'intégrité financière

Qui sont les professionnels assujettis ?

Les professionnels du secteur financier qui concentre l’essentiel des risques de blanchiment de capitaux : 
  • Le secteur bancaire (Ă©tablissements de crĂ©dit, prestataires de services d’investissement « PSI Â») ; 
  • Le secteur de l’assurance (organismes d’assurance, institutions de prĂ©voyance et de retraite, mutuelles, courtiers) ; 
  • Le secteur des paiements (Ă©tablissements de paiement (« EP Â») et de monnaie Ă©lectronique (« EME Â»), changeurs manuels) ; 
  • Le secteur de la finance (sociĂ©tĂ©s de gestion, prestataire de services sur actifs numĂ©riques « PSAN Â», conseillers en investissements financiers « CIF Â»).
Le secteur non financier qui peut Ă©galement ĂŞtre instrumentalisĂ© Ă  des fins de blanchiment de capitaux : 
  • Les professionnels du droit (avocats, notaires, commissaires de justice, administrateurs et mandataires judiciaires) ; 
  • Les professionnels du chiffre (experts-comptables, commissaires aux comptes) ; 
  • Les professionnels de l’immobilier (agents et promoteurs) ;
  • Le secteur des paris et des jeux ; 
  • Le secteur de l’art et du luxe (marchands d’art et d’antiquitĂ©, nĂ©gociants de mĂ©taux prĂ©cieux et de pierres prĂ©cieuses, nĂ©gociants d’autres produits de luxe) ;
  • Les sociĂ©tĂ©s de domiciliation ; 
  • Les agents sportifs.                                                                     
Et Ă  partir de 2027 : les prestataires de services de financement participatif (« PSFP Â»), les clubs de football professionnels et agents de football, les opĂ©rateurs de visas « dorĂ©s Â». 

Quels sont les textes de référence?

L’efficacitĂ© de la lutte contre le blanchiment de capitaux repose, au sein d’une Ă©conomie globalisĂ©e, sur l’élaboration et le respect de rĂ©glementations et de standards Ă  trois niveaux : national, europĂ©en et international.
  • Au niveau international : 
Le Groupe d’action financière (GAFI) est un organisme intergouvernemental indĂ©pendant dont la mission consiste Ă  Ă©laborer et promouvoir des stratĂ©gies de LCB-FT. Les 40 recommandations du GAFI ainsi que ses nombreux rapports se sont imposĂ©s comme des normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Le GAFI a actualisĂ© en octobre 2024 sa liste grise des juridictions ayant un dispositif de LCB-FT considĂ©rĂ© comme dĂ©faillant (retrait du SĂ©nĂ©gal ; intĂ©gration de l’AlgĂ©rie, de l’Angola, de la CĂ´te d’Ivoire et du Liban). La liste grise du GAFI ainsi que sa liste noire doivent ĂŞtre pris en compte pour l’évaluation et l’attribution d’un niveau de risque Ă  un client ou une opĂ©ration. Le GAFI a par ailleurs rĂ©itĂ©rĂ© l’importance de la LCB-FT et a renforcĂ© ces positions en 2024, notamment s’agissant de l’utilisation des nouvelles technologies, considĂ©rĂ©e Ă  la fois comme un atout et un dĂ©fi pour la lutte contre le blanchiment. 
  • Au niveau europĂ©en : 
    • la 6e directive anti-blanchiment 2024/1640 (« AMLD6 Â») qui traite notamment de l’identification des bĂ©nĂ©ficiaires effectifs (BE), de la crĂ©ation des registres centralisĂ©s, de l’harmonisation et de la convergence des pratiques des autoritĂ©s nationales, du renforcement de la coopĂ©ration entre les cellules de renseignements financiers (CRF) ; 
L’Union europĂ©enne (UE) a adoptĂ© en 2024 un nouveau « paquet LCB-FT » composĂ© de trois textes qui entreront en application en juillet 2027 :  
  • un règlement « Single Rulebook Â» 2024/1624 (« AMLR Â») qui traite notamment de l’extension du pĂ©rimètre d’application de la LCB-FT et des informations Ă  collecter, de l’obligation de vigilance et de l’approche par les risques, de l’organisation de la fonction conformitĂ©, de la dĂ©termination des BE ; 
  • un règlement 2024/1620 crĂ©ant la nouvelle AutoritĂ© europĂ©enne de lutte contre le blanchiment de capitaux (« AMLA Â») qui aura son siège Ă  Francfort. Ce règlement prĂ©voit une supervision duale des assujettis du secteur financier avec une supervision directe et indirecte du secteur financier par l’AMLA, notamment des entitĂ©s prĂ©sentant un risque Ă©levĂ©. 
L’UE a Ă©galement rĂ©cemment mis Ă  jour le règlement sur les transferts de fonds 2023/1113 (« TFR Â»), publiĂ© le mĂŞme jour que le règlement MICA en 2023, dont l’objectif est d’assurer la traçabilitĂ© des transferts de cryptoactifs dans le cadre de la lutte contre le blanchiment. Les assujettis aux obligations de LCB-FT doivent enfin mettre en Ĺ“uvre des mesures d’application de niveau 2 (règlements dĂ©lĂ©guĂ©s) et 3 (orientations, lignes directrices des autoritĂ©s europĂ©ennes et notamment de l’AutoritĂ© bancaire europĂ©enne (European Banking Authority (« EBA[AG1]  Â»), l’autoritĂ© europĂ©enne de supervision du secteur bancaire) : 
  • Orientations EBA/GL/2023/04 : sur les politiques et contrĂ´les visant Ă  la gestion efficace des risques de blanchiment de capitaux lors de la fourniture d’un accès Ă  des services financiers ; 
  • Orientations EBA/GL/2024/11 : sur les exigences en matière d’information concernant les transferts de fonds et certains transferts de crypto-actifs au titre du règlement TFR. 
  • Au niveau national : 
Les règlementations et textes Ă  prendre en compte dans le cadre du dispositif de LCB-FT sont les suivants : 
  • Les dispositions du Code monĂ©taire et financier et arrĂŞtĂ©s relatif Ă  la LCB-FT ; 
  • Les orientations, instructions, positions et lignes directrices des autoritĂ©s de supervision du secteur financier et non financier ; 
  • Le rapport de la Cellule de Renseignement Financier (CRF) de TRACFIN. Dans son bilan annuel 2023, la CRF constate une :
  • Augmentation notable des dĂ©clarations de soupçon liĂ©es aux crypto-actifs (186 000 dĂ©clarations en 2023 contre 162 000 en 2022) ; 
  • Recrudescence de l’utilisation des crypto-actifs pour le blanchiment de capitaux issus d’activitĂ©s criminelles (attaques par rançongiciel, circuits de fraude fiscale et de financement du terrorisme) ; 
  • Diversification des mĂ©thodes employĂ©es : utilisation de jetons non fongibles (NFT) et de plateformes dĂ©centralisĂ©es pour dissimuler l’origine des fonds ; 
  • L’analyse nationale des risques du Conseil d’orientation de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (« COLB Â», l’instance de coordination du dispositif national de LCB-FT) et les analyses sectorielles des risques de l’AMF et de l’ACPR qui identifient les principales menaces, les vulnĂ©rabilitĂ©s, les mesures d’attĂ©nuation et le niveau de risque qui en dĂ©coule pour chaque vecteur significatif du blanchiment de capitaux en France.
Ces rapports prĂ©cisent que « le recours aux montages financiers complexes, l’essor des actifs numĂ©riques, du financement participatif ainsi que les opĂ©rations impliquant l’usage d’espèces (transmission de fonds, instruments de monnaie Ă©lectronique) Â» constituent des risques très Ă©levĂ©s. De mĂŞme, « le secteur immobilier du fait de son poids dans l’économie, de son attractivitĂ© et de son dynamisme de mĂŞme que celui des agents sportifs Â» ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme prĂ©sentant un risque Ă©levĂ©. [AG1]dĂ©finir

Quelles sont les autorités compétentes?

Pour le secteur financier : 
  • ACPR est l’autoritĂ© de supervision des Ă©tablissements de crĂ©dit, PSI, EME, EP, changeurs manuels, assureurs et courtiers.  
En 2024, l’ACPR a infligĂ© des amendes de 1 million d'euros Ă  l'Ă©tablissement de monnaie Ă©lectronique TREEZOR et de 2,5 millions d'euros Ă  la banque BRED. Les principaux motifs de ces sanctions sont notamment une insuffisance dans le dispositif de LCB-FT, des manquements dans l’entrĂ©e en relation, le non-respect des obligations de vigilance et de contrĂ´le, des dĂ©faillances s’agissant des obligations dĂ©claratives. 
  • AMF est l’autoritĂ© compĂ©tente des SGP, PSAN, CIF, PSFP. 
En 2024, l’AMF a prononcĂ© plusieurs sanctions contre des SGP et d’autres institutions financières pour un montant de 300 000 euros, 150 000 euros et 5,67 millions d’euros ainsi que contre leurs dirigeants. Les principaux motifs de ces sanctions sont notamment des insuffisances dans le dispositif LCB-FT, un dĂ©faut de contrĂ´le et le non-respect des obligations de vigilance. Pour le secteur non financier : Les principales autoritĂ©s de supervision sont la Direction gĂ©nĂ©rale de la Concurrence, de la Consommation et de la RĂ©pression des fraudes (« DGCCRF Â») (pour les agents et promoteurs immobiliers, les sociĂ©tĂ©s de domiciliation, les professionnels du secteur du luxe), les douanes (pour les marchands d’art et d’antiquitĂ©s, les maisons de ventes volontaires aux enchères publiques, les nĂ©gociants de mĂ©taux prĂ©cieux et de pierres prĂ©cieuses) et l’AutoritĂ© Nationale des Jeux (« ANJ Â») (pour les opĂ©rateurs de jeux ou de paris en ligne).  La Commission nationale des sanctions (« CNS Â») est chargĂ©e de sanctionner les manquements commis par ces professionnels. En 2024 la CNS a prononcĂ© 13 dĂ©cisions contre les sociĂ©tĂ©s de domiciliation, 1 contre un bijoutier et 24 contre des intermĂ©diaires en immobilier. Elle a notamment prononcĂ© une sanction de 50 000 euros d’amende et 1 an d’interdiction d’exercer contre la SOCIÉTÉ MERIBEL LUXURY REALTY pour des dĂ©faillances en matière de LCB-FT. Et Ă  l’échelle internationale ? 
  • La Financial Conduct Authority (FCA) au Royaume Uni (sanction de Metro Bank PLC en novembre 2024 d’une amende de 17 millions de ÂŁ pour un dispositif de LCB-FT dĂ©faillant) ;
  • La BAFIN en Allemagne (sanction de N26 en mai 2024 d’une amende de 9,2 millions d’euros pour des retards de signalement de soupçon de blanchiment) ; 
  • La Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) au Luxembourg (sanction de BGL BNP Paribas S.A en mai 2024 d’une amende de 3 millions d’euros pour non-respect de ces obligations professionnelles en matière de LCB-FT) ; 
  • La Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis.  

Quelles sont les dernières décisions judiciaires importantes en manière de lutte contre le blanchiment ?

Cour de cassation, chambre commerciale, 27 septembre 2023, 21-21.995 : Â« Le non-respect des règles LCB-FT peut ĂŞtre constitutif d'une faute de concurrence dĂ©loyale ». Cour de Cassation, chambre Criminelle, 19 juin 2024, n°22-81.808 : Â« La mise Ă  disposition d’un compte bancaire dans l’un de ses Ă©tablissements et l’exĂ©cution d’ordres de virement des sommes y figurant vers des comptes Ă  l’étranger sont susceptibles de caractĂ©riser la participation de la banque Ă  des opĂ©rations de blanchiment Â», lorsque cette dernière ne pouvait ignorer l’origine illicite des fonds et avait manquĂ© Ă  ces obligations de vigilance.

Sur quels éléments doit reposer un dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux efficace et adapté aux spécificités de l’activité ?

  • La politique d'identification et de vĂ©rification de l’identitĂ© des clients (KYC) mettant en Ĺ“uvre une approche basĂ©e sur le risque ;
  • La surveillance des transactions et la dĂ©claration des transactions et activitĂ©s suspectes Ă  la CRF (TRACFIN en France) ;
  • La formation et la sensibilisation des collaborateurs ;
  • La coopĂ©ration, l’échange et le partage des informations ; 
  • La mise en Ĺ“uvre des mesures de gel des avoirs ; 
  • Un dispositif de gouvernance ainsi qu’un dispositif de contrĂ´le interne dĂ©composĂ© en trois niveaux de contrĂ´le ; 
  • Une cartographie des risques et une classification des risques LCB-FT en fonction de la nature des produits ou des services offerts, des conditions de transaction proposĂ©es, des canaux de distribution utilisĂ©s, des caractĂ©ristiques des clients, ainsi que du pays ou du territoire d’origine ou de destination des fonds. 

Comment la digitalisation et l’intelligence artificielle peuvent améliorer la lutte contre le blanchiment de capitaux ?

Face Ă  l’évolution de la criminalitĂ© financière, les assujettis aux obligations de LCB-FT doivent s’efforcer de renforcer et d’affiner leur approche de la lutte contre le blanchiment fondĂ©e sur le risque. Les consĂ©quents volumes de donnĂ©es Ă  traiter ainsi que la complexitĂ© croissante des modes opĂ©ratoires criminels obligent ces assujettis et notamment les Ă©tablissements financiers, Ă  dĂ©velopper de nouveaux outils plus sophistiquĂ©s pour satisfaire Ă  leurs obligations de conformitĂ©. L’intelligence artificielle et les outils d’automatisation des contrĂ´les s’imposent comme un levier clĂ© dans le paysage de la conformitĂ© pour amĂ©liorer l’efficacitĂ© de la LCB-FT. 

Quels sont les points communs avec la lutte contre la corruption ?

La lutte contre la corruption, dont les principales exigences ont été édictées par la loi Sapin 2 et la LCB-FT poursuivent des objectifs distincts, mais reposent sur des outils similaires. Les deux cadres réglementaires mettent l'accent sur la nécessité de mettre en place une cartographie des risques, un contrôle interne, des mécanismes de détection et de signalement des comportements illicites, ainsi que sur la formation continue des employés pour garantir une vigilance accrue. Ces dispositifs partagent une approche préventive, fondée sur la transparence des flux financiers et l'analyse des transactions suspectes, afin de limiter aussi bien les détournements de fonds que leur réinjection dans l'économie légale.En conclusion, il serait pertinent d’adopter une approche holistique des sujets de conformité financière, qu’il s’agisse de la LCB-FT et de la lutte contre la corruption mais également du devoir de vigilance, de la cyber-résilience, du respect des exigences du RGPD et de la protection des lanceurs d’alerte. Face à des menaces interconnectées où les criminels peuvent exploiter les failles entre ces différents domaines, il est essentiel de mutualiser les outils et les analyses. Adopter une approche plus globale et transversale permettra de déployer de manière optimale les principes et règles définis dans ces domaines.