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Les marchands d’art et d’antiquités face aux obligations de LCB FT

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Les marchands d’art et d’antiquités face aux obligations de LCB FT

Longtemps associé à la discrétion, le marché de l’art et des antiquités fait désormais l’objet d’une vigilance accrue en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT), en raison de caractéristiques qui peuvent le rendre attractif pour le blanchiment, la fraude fiscale, la corruption ou le contournement des sanctions.

  • PubliĂ© le 31 AĂ´ut 2026
  • Temps de lecture 9 minutes

Longtemps associé à la discrétion, le marché de l’art et des antiquités fait désormais l’objet d’une vigilance accrue en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT), en raison de certaines caractéristiques qui peuvent le rendre attractif pour le blanchiment d’argent, la fraude fiscale, la corruption ou encore le contournement des sanctions. La maîtrise des risques liés à la LCB-FT apparaît ainsi essentielle pour garantir l’intégrité et la crédibilité du marché de l’art. Dans ce contexte, les marchands d’art et d’antiquités doivent désormais considérer la conformité LCB-FT comme une composante à part entière de leur activité, afin de contribuer à la protection durable d’un secteur à la fois exposé et stratégique.

Qui sont les professionnels assujettis

Le pĂ©rimètre des professionnels du marchĂ© de l’art soumis aux obligations de LCB-FT est dĂ©fini par l’article L. 561-2, 10° du Code monĂ©taire et financier (CMF).Sont assujetties les personnes qui nĂ©gocient des Ĺ“uvres d’art ou des antiquitĂ©s ou qui agissent comme intermĂ©diaires dans ce commerce, lorsque la valeur de la transaction ou d’une sĂ©rie de transactions liĂ©es atteint ou dĂ©passe 10 000 euros. Le mĂŞme seuil s’applique aux personnes qui entreposent ou nĂ©gocient des Ĺ“uvres d’art dans des ports francs ou zones franches.En pratique, cette catĂ©gorie recouvre notamment les galeries d’art, antiquaires, brocanteurs, nĂ©gociants d’œuvres d’art, courtiers, conseillers en investissement dans l’art, experts agissant comme intermĂ©diaires, opĂ©rateurs spĂ©cialisĂ©s dans l’ Â« art finance Â», plateformes de vente en ligne, maisons de vente volontaires aux enchères publiques ainsi que certains opĂ©rateurs logistiques assurant l’entreposage des Ĺ“uvres. Les professionnels concernĂ©s sont placĂ©s sous la supervision de la Direction gĂ©nĂ©rale des douanes et droits indirects (DGDDI), tandis que les manquements aux obligations LCB-FT sont sanctionnĂ©s par la Commission nationale des sanctions (CNS).

Vulnérabilités et menaces pesant sur le secteur

L’analyse sectorielle consacrĂ©e au marchĂ© de l’art et des antiquitĂ©s met en Ă©vidence un niveau de vulnĂ©rabilitĂ© Ă©levĂ© aux risques de blanchiment de capitaux et, dans une moindre mesure, de financement du terrorisme. Cette exposition tient aux caractĂ©ristiques du secteur : valeur Ă©levĂ©e des biens, subjectivitĂ© des prix, circulation internationale des biens, confidentialitĂ© des transactions, recours Ă  des intermĂ©diaires ou structures complexes, paiements en espèces et entreposage en ports francs. Ces facteurs facilitent l’opacitĂ© sur l’origine des fonds, l’identitĂ© du bĂ©nĂ©ficiaire effectif et la finalitĂ© Ă©conomique des opĂ©rations. Les principales menaces identifiĂ©es par Tracfin et la DGDDI sont la fraude fiscale, l’abus de biens sociaux, les escroqueries — notamment liĂ©es aux faux —, le blanchiment par achats et reventes successifs, le financement du terrorisme au moyen d’antiquitĂ©s pillĂ©es et le contournement des sanctions financières internationales.

Les principales obligations en matière de LCB‑FT

Afin de prĂ©venir les risques mentionnĂ©s ci-dessus, les professionnels du marchĂ© de l’art et des antiquitĂ©s ont Ă©tĂ© assujettis aux obligations de LCB-FT prĂ©vues par le CMF, selon une approche fondĂ©e sur les risques.La première obligation consiste Ă  Ă©tablir une classification des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme permettant d’identifier les menaces auxquelles l’activitĂ© est exposĂ©e. Cette analyse doit ĂŞtre formalisĂ©e, adaptĂ©e Ă  chaque structure, rĂ©gulièrement actualisĂ©e. Elle constitue le socle de l’ensemble du dispositif de conformitĂ© LCB-FT.En second lieu, les professionnels sont tenus de mettre en Ĺ“uvre des mesures de vigilance Ă  l’égard de leur clientèle. Avant la conclusion d’une transaction entrant dans le champ du dispositif, ils doivent identifier et vĂ©rifier l’identitĂ© du client et, lorsque nĂ©cessaire, celle du bĂ©nĂ©ficiaire effectif. Ils doivent Ă©galement Ă©tablir un profil de risque de la relation d’affaires, le mettre Ă  jour et adapter le niveau de vigilance (allĂ©gĂ©e, normale, renforcĂ©e) en fonction de ce profil. Des mesures de vigilance complĂ©mentaires doivent ĂŞtre mises en place lorsque la transaction implique des personnes politiquement exposĂ©es ou certains pays Ă  risques. Troisième pilier du dispositif, la surveillance des opĂ©rations impose d’identifier les transactions atypiques au regard du profil du client et de la cartographie des risques. Toute opĂ©ration suspecte doit faire l’objet d’un examen renforcĂ© et, le cas Ă©chĂ©ant, d’une dĂ©claration de soupçon Ă  Tracfin.Les professionnels doivent aussi appliquer les mesures de gel des avoirs et de sanctions financières ciblĂ©es, notamment par le filtrage rĂ©gulier des clients, contreparties et transactions au regard des listes applicables.Enfin, Ă  ces obligations s’ajoutent l’élaboration de procĂ©dures internes Ă©crites, la conservation des documents pendant cinq ans, la mise en place d’un dispositif de contrĂ´le interne, la dĂ©signation d’un responsable LCB-FT et de dĂ©clarants et correspondants Tracfin ainsi que la formation du personnel.

Les dernières sanctions et les principales lacunes identifiées par la Commission nationale des sanctions

Les dĂ©cisions rĂ©centes de la CNS, illustrent le renforcement progressif de la supervision du secteur et la sĂ©vĂ©ritĂ© accrue en cas de manquements graves ou rĂ©pĂ©tĂ©s.La CNS peut en effet prononcer une interdiction temporaire d'exercice de l’activitĂ©, le retrait d’agrĂ©ment ou de carte professionnelle ainsi que des sanctions pĂ©cuniaires, allant jusqu’à 5 millions d’euros. Ces sanctions peuvent viser tant les personnes morales que leurs dirigeants ou collaborateurs impliquĂ©s dans les manquements constatĂ©s.Les dĂ©cisions les plus rĂ©centes illustrent cette sĂ©vĂ©ritĂ© croissante :
  • DĂ©cision 2025-17 du 6 mars 2026 Ă  l'Ă©gard de la sociĂ©tĂ© X et de MM. AB et CD : interdiction d’exercer l’activitĂ© pour une durĂ©e de 4 mois pour la sociĂ©tĂ© et ces dirigeants ; sanction pĂ©cuniaire de 30 000€ pour la sociĂ©tĂ© et de 5 000€ et de 3 000€ pour ces dirigeants. 
  • DĂ©cision 2024-16 du 21 janvier 2026 Ă  l'Ă©gard de la sociĂ©tĂ© GALERIE MAEGHT, de Mme Isabelle MAEGHT et M. Julien MAEGHT : interdiction d’exercer l’activitĂ© pour une durĂ©e d’1 ans pour la sociĂ©tĂ© et pour une durĂ©e de 1 an et 6 mois pour ces dirigeants ; sanction pĂ©cuniaire de 100 000€ pour la sociĂ©tĂ© et de 10 000€ et de 5 000€ pour ces dirigeants. 
L’analyse des griefs retenus par la CNS met en évidence plusieurs insuffisances récurrentes au sein du secteur :
  • une mise en conformitĂ© engagĂ©e tardivement et souvent uniquement Ă  la suite d’un contrĂ´le ;
  • des procĂ©dures internes gĂ©nĂ©riques et insuffisamment adaptĂ©es aux spĂ©cificitĂ©s du marchĂ© de l’art ;
  • l’absence ou l’insuffisance de cartographie des risques ;
  • des lacunes graves en matière de connaissance client : absence d’identification ou de vĂ©rification de l’identitĂ© des clients ou des bĂ©nĂ©ficiaires effectifs, absence de profil de risque ;
  • un dĂ©ficit de vigilance constante et de mise Ă  jour des dossiers clients ;
  • un dĂ©faut d’examen renforcĂ© et une utilisation très limitĂ©e des dĂ©clarations de soupçon Ă  Tracfin, malgrĂ© la prĂ©sence de signaux d’alerte ;
  • une formation du personnel insuffisante ou inexistante ;
  • une faiblesse des dispositifs de filtrage et d’application des sanctions financières ciblĂ©es.
La CNS insiste, dans ses dĂ©cisions, sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©passer une approche purement documentaire et gĂ©nĂ©rique de la conformitĂ© : les obligations LCB‑FT doivent ĂŞtre intĂ©grĂ©es dans la pratique quotidienne et traduites en rĂ©flexes opĂ©rationnels. 

L’impérieuse nécessité de se conformer aux obligations de LCB‑FT et de se former, face aux évolutions réglementaires

La conformitĂ© LCB-FT constitue dĂ©sormais un impĂ©ratif juridique, Ă©conomique et rĂ©putationnel pour l’ensemble des acteurs du marchĂ© de l’art et d’antiquitĂ©s.Cette exigence est renforcĂ©e par l’évolution du cadre europĂ©en de LCB-FT. Le nouveau paquet lĂ©gislatif europĂ©en anti-blanchiment (« Paquet AML Â») adoptĂ© en 2024 et entrant progressivement en application Ă  compter de 2027, va harmoniser les règles applicables au sein de l’Union europĂ©enne et modifier l’environnement rĂ©glementaire applicable aux professionnels assujettis. Les marchands d’art et d’antiquitĂ©s doivent donc se former, mettre Ă  jour leur dispositif LCB-FT et ancrer durablement une culture de conformitĂ© au sein de leurs Ă©quipes.

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